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mardi 19 octobre 2010

Double Eagle

Les meilleures choses ont une fin.
Il en va de même des non-meilleures...
Et là, Double Eagle appartient clairement à la seconde catégorie.

Double Eagle, donc. L'Aigle à deux têtes. Le dernier scénario pondu par Jim Lawrence pour un comic, illustré par l'ex-illustre mais en 1984 fatigué Yaroslav Horak, pour un journal scandinave qui m'est inconnu (on a beau être beau, on ne peut pas tout savoir.)

Allez, tirons sur l'ambulance...
A Lisbonne, James Bond attend l'arrivée d'un tortionnaire nazi qui revient d'Amérique latine. L'homme en fuite est de retour en Europe... car quelqu'un lui a donné rendez-vous dans un endroit totalement désert à l'extérieur de la ville. Un rendez-vous avec la mort, car un aigle fond sur lui et le trucide. Fichtre! c'était bien la peine de traverser tout un océan dans l'espoir d'un rencard avec une jolie poule et de finalement rencontrer un vilain rapace!


Après avoir fait son rapport, 007 est envoyé à Berlin-Est. Une nouvelle mission l'attend, sans aucun rapport avec la première (quand je vous disais que Lawrence était fatigué...) Il s'agit cette fois d'aider un ingénieur en aéronautique britannique, disparu voilà un an, à quitter Berlin pour revenir en Angleterre. Or, nul ne sait ce qu'il est advenu de l'ingénieur au cours de l'année écoulée. Le fugitif donne rendez-vous à 007 dans un café, mais le KGB et des agents de la police est-allemande s'en mêlent.


Bond parvient à récupérer l'ingénieur mais celui, grièvement blessé, perd la mémoire. Des agents recontactent 007 qui, victime d'un traquenard, tombe entre leurs mains. Là, le petit groupe de rebelles lui avoue que ses agents appartiennent aussi bien à la police est-allemande qu'au KGB; ils ont l'intention, grâce à des aigles robotisés lestés de bombes, de percer une brèche dans le mur de Berlin. Les zozos sont des idéalistes qui ont espoir de voir réunies un jour les deux Allemagnes, d'où le tatouage de l'Aigle à deux têtes qu'ils portent, symbole de l'unification austro-hongroise. Euh, vous suivez?... Bond s'échappe et parvient à faire échouer le complot.

Ouais, ouais, ouais...

Y a-t-il un Méchant à la Blofeld?
Non.
Des coups de théâtre originaux?
Non.
Des illustrations dignes du grand Horak?
Non.
Euh, de la nudité, ou de la cuisse tout au moins?
Non, non.

Ben, alors, qu'est-ce qu'il y a?
Une série en fin de parcours. Un épisode dans lequel des éléments appréciés du scénariste sont réemployés : les robots, comme dans Fear Face ou When the Wizard awakes

comprenant des incongruités : Moneypenny participant de manière active à la mission. Dites, vous connaissez beaucoup de femmes ayant suivi des études de secrétariat qui deviennent des Mata-Hari?


et une profonde lassitude.
A l'évidence, l'envie des deux auteurs a disparu. Peut-on le leur reprocher? Lawrence et Horak sont à pied d'oeuvre sur la série depuis 1966, soit 18 ans. Certes, on peut leur reprocher de ne pas avoir arrêté plus tôt, mais peut-être eut-il fallu pour cela avoir du recul ou accepter un avis extérieur? Quoi qu'il en soit, devant le piètre résultat de leur ultime collaboration, les journaux, qu'ils soient britanniques, scandinaves ou autres, décident d'arrêter les frais et suppriment de leurs pages la publication du comic-strip.

Et pour une fois...
James Bond won't be return.

Armand ROUTIN
avec l'aimable concours de Philippe FOURNET

dimanche 17 octobre 2010

Snake Goddess

Moneypenny est en danger! Un python a ouvert la porte de sa chambre avec ses deux mains et tente à présent de l'étouffer. Heureusement, notre charmante secrétaire, à l'article de la mort, saisit son téléphone, compose le numéro de M et l'appelle au secours. Endurante et vigoureuse, la Moneypenny!
M, de son côté, appelle vite 007 en lui disant que Moneypenny lui a paru en grand danger. Alors, James Bond, pressé par le temps, enfile son costume-trois pièces, noue sa cravate et ses souliers, se repeigne et, une fois qu'il est présentable, se rue chez Moneypenny. Fort heureusement, au bout d'une demi-heure d'attente et de combat acharné dans son lit, la secrétaire de M est toujours en vie. 007, en preux chevalier, la délivre en moins de deux.



Et c'est sur cette franche scène nanarde que débute l'aventure d'aujourd'hui, Snake Goddess (la Déesse aux Serpents), scénarisée par Jim Lawrence pour des journaux scandinaves en 1984. Aux pinceaux : le talentueux Yoraslav Horak, pardon l'ex-talentueux Horak car, pour son grand retour aux dessins d'un 007 strip, Monsieur Horak ne se foule pas. Aussi fatigué que le sieur McLusky lors des illustrations des trois histoires précédentes. Eh bien! si le scénario est aussi bon que les dessins, ça promet!



Et les promesses sont tenues!
Retour à l'histoire, donc. Il semblerait que diverses personnes travaillant dans le domaine des ogives nucléaires se soient fait agresser au cours des dernières semaines. A chaque fois, la pop-star suédoise Freya, surnommée la Déesse aux Serpents car elle chante et se trémousse entourée de ces charmantes bestioles, était dans le coin. Suspecte, la donzelle!


Bond se rend dans son hôtel et affronte les amis de la chanteuse : des punks patibulaires à qui il apprend les bonnes manières. Freya, voyant cet étalage de vio... de virilité, lui impose de lui faire l'amour (très fin, le scénar...) Or, au moment où 007, au lit, lui signale qu'il a terminé sa tâche, un monstre gigantesque apparaît sur les écrans de télévision : Godzilla, pardon Yggdrasil, le dieu serpent des légendes scandinaves, vient de sortir de terre en Cornouailles (qu'est-ce que j'avais dit concernant le scénario, moi?...)






La bestiole, timide, se cache au fond d'une mine qui appartient à un certain M. Vidyala qui, sans être punk, n'en est pas moins patibulaire.


Le coquin s'empare de Freya, car il le veut bien (nous, en revanche, nous ne saurons jamais pourquoi), tandis que Bond visite la mine. Durant ses pérégrinations, 007 est avalé par Yggdrasil qui avait faim. Oh! je plaisante à peine : en réalité, notre monstre est un sous-marin qui a la capacité d'évoluer également sur la terre ferme. Vidyala l'a fait construire afin que les deux super-puissances, les USA et l'URSS s'entre-déchirent et que le Tiers-Monde devienne une puissance mondiale que notre ami patibulaire commanderait. Heureusement, Bond, qui connaît ses classiques, lui rétorque : "Pas de ça, Lysette!" et lui lance au visage un python qui se promenait en liberté à l'intérieur du sous-marin. Bond libère Freya, s'échappe avec elle, détruit le sous-marin et fait l'amour. Rideau!

Sans aller jusqu'à dire que l'on touche le fond, il faut reconnaître qu'il est grand temps que la série s'achève. Lawrence reprend des thèmes qu'il avait déjà abordés, que ce soit le serpent sous-marin dans Sea Dragon, ou la secte dans the Paradise Plot. Certes, il y a moins de nudité dans cette histoire, mais celle-ci est particulièrement courte, ceci expliquant peut-être cela. Quant à Horak, son travail est baclé et lui-même paraît ne plus trop y croire. Néanmoins son travail est à plusieurs coudées de distance des derniers strips réalisés par McLusky.

Le véritable rideau tombera avec l'histoire suivante, Double Eagle.

Armand ROUTIN
avec l'aimable concours de Philippe FOURNET

dimanche 3 octobre 2010

The Scent of Danger

Au terme de l'Homme au pistolet d'or (the Man with the Golden Gun, 1965), il est proposé à James Bond de devenir... 0007, c'est-à-dire d'avoir une fonction de diplomate. Refus de l'intéressé qui s'imagine mal rester le cul, pardon, le rectum sur une chaise.
Eh bien! il faut croire que seuls les imbéciles ne changent pas d'avis car c'est en tant que diplomate que Bond nous apparaît au début de son ante-pénultième (avant-avant-dernière - faut vous élargir le vocabulaire, les p'tits gars!) aventure sous forme de comic strip : the Scent of Danger (le Parfum du Danger), scénarisé par Jim Lawrence et dessiné par John McLusky en 1983-84... pour des journaux scandinaves! Eh oui! vu la qualité des dernières productions des deus susnommés, les quotidiens britanniques ont refusé de se compromettre de nouveau avec eux. Ca promet...

Sur la Riviéra italienne, Bond se voit proposer un bain de minuit par une donzelle peu farouche. Le bougre accepte... et échappe de peu à la mort. En effet, un sous-marin au large a libéré un requin qui s'est précipité sur l'Italienne et a failli avaler notre héros.


Bien que vivant, (0)007 n'est guère content : il avait espoir que la victime lui révèlerait des informations sur un nouveau réseau d'espionnes internationales. Maintenant qu'elle est morte, elle va beaucoup moins parler.

Bond retourne de ce pas à Londres, où le MI6 soupçonne une journaliste d'être membre du fameux réseau. Malheureusement, lorsque 007 (oui, il a perdu du galon) la retrouve, elle est assassinée. Série noire chez les souris blanches. Néanmoins, Bond découvre un indice : une bouteille de parfum particulière, que les deux victimes avaient en leur possession. Et lorsque Bond trouve un flacon similaire chez une troisième victime, une danseuse de cabaret à Berlin-Ouest, le doute n'est plus permis : ce parfum pue la mort.

Et c'est le cas, en effet. La fragrance a été mise au point par le Spectre, qui lui a donné le doux (et si discret) nom de "Spectre de la Rose". C'est une essence psychotrope qui permet de supprimer la volonté des malheureux qui en ont respiré les effluves. Madame Spectra, la chef du Spectre, envisage d'en projeter des litres au-dessus du palais de Westminster et de réduire les membres du gouvernement britannique à sa merci. C'est compter sans 007...


Bon, arrêtons-nous là. Ce n'est pas la peine de tirer sur l'ambulance. Pour le Bond des comic strips, ça sent le sapin. Le scénario de Jim Lawrence est pourtant toujours aussi plaisant, quoique truffé de plus en plus d'incohérences, mais la coupe est pleine lorsqu'apparaît Madame Spectra. Madame Spectra, décédée au terme de la seule histoire illustrée par Harry North en 1981, Doomcrack. Comment a-t-elle survécu? Mystère. Certes, elle est défigurée, mais comme McLusky, ainsi que nous l'avons vu avec Flittermouse et la résurrection du Dr Cat, ne dessine jamais les personnages de la manière dont ils ont été créés par ses prédécesseurs, cela n'est pas surprenant. Finalement, Madame Spectra aura eu trois tronches différentes en trois aventures dessinées par autant de personnes (la dernière, qui s'avère également être la première de la liste, étant Yaroslav Horak dans the Spy who loved me en 1968.)


Voilà pour le scénario. Quant aux illustrations... Tenez, jugez par vous-mêmes.


Merveilleux, hein? Ce crobard représente Bond qui achève de faire l'amour...
Fichtre, McLusky nous avait habitué à mieux avec les adaptations des oeuvres de Fleming dans les années 50 et 60. Là, on sent la fatigue, l'ennui et, pour parler crûment, un incroyable je-m'en-foutisme.

Le lettreur est au diapason et, comme dans une ou deux autres histoires précédentes, 007 devient encore une fois 077 au gré des envies de l'incompétent.


En conclusion, les grandes aventures du James Bond illustré sont derrière lui, et pourtant il reste encore à Jim Lawrence deux scénarios sous le coude, que Horak illustrera après la défection de McLusky.



Armand ROUTIN
avec l'aimable concours de Philippe FOURNET

mardi 7 septembre 2010

Polestar

Ca commence très fort par une donzelle à poil.
Et une donzelle à poil debout sur la banquise.


Et là, d'entrée de jeu, on devine qu'on a affaire à un chef-d'oeuvre, un chef-d'oeuvre de nanardise s'entend.
Aujourd'hui, nous découvrons Polestar (qui se traduit par Etoile polaire, mais étant donné qu'il s'agit du nom d'une compagnie pétrolière, il n'y a pas grand intérêt à traduire le mot.) Jim Lawrence est aux commandes de l'histoire, John McLusky, très fatigué, aux pinceaux. Il s'agit du dernier comic strip bondien a avoir été publié dans un quotidien britannique, le Daily Star, du 23 mai au 15 juillet 1983. Le dernier ? On se demande bien pourquoi...
Deux missiles ont été tirés, l'un en direction de Chicago, et l'autre de Vladivostok. Des avions de chasse les détruisent en vol, il y a finalement plus de peur que de mal. Les tirs semblent provenir du l'extrême nord du Canada. Ca tombe bien, une informatrice a signalé qu'elle avait des renseignements à communiquer au MI-6, là-bas justement. Pourquoi au MI-6 ? J'vous en pose à vous des questions ?! Pourquoi chez les pingouins ? Oh! c'est pas bientôt fini ces sarcasmes ?!
Bref, comme on le voit, nous voyons défiler devant nos yeux ébahis un scénario qui vaut son pesant de cacahuètes ! Pour en revenir à notre donzelle à poil, vous aurez compris qu'il s'agit de l'informatrice de 007 qui s'est retrouvée nue et congelée dans la glace.
Attaqué par un fonctionnaire, non, je plaisante, attaqué par un loup, James Bond ne doit son salut qu'à l'intervention d'une métisse indienne, Red Doe (Biche Rouge.) Brave fille, Red Doe lui explique la situation.
Pas bien loin d'ici, un mauvais homme, Robert Ayr, a construit une usine de raffinerie de pétrole, appartenant à la compagnie Polestar. Son ancienne maîtresse, qu'il a tuée, était la mère de Red Doe. Celle-ci cherche à la venger.
Quelques heures plus tard, Bond et Pocahontas sont emprisonnés par les hommes d'Ayr. 007 se fait passer pour un technicien spécialiste des ogives nucléaires, ce qui semble intéresser l'industriel. Red Doe, de son côté, se dévêt assez rapidement devant le grand méchant et coïte avec lui. Je vous vois bondir. Sacrebleu! vous n'avez jamais chercher à venger votre mère ?! Red Doe utilise une astuce, bon sang de bonsoir ! Elle se voue corps et âme à sa vengeance.

Bref, après le coït, Robert Ayr rejoint Bond et lui fait visiter ses installations souterraines. En effet, les tirs de missiles ont bien lieu sous la raffinerie. Ayr ne cherchait qu'à prévenir les Grandes Puissances de sa puissance à lui, car désormais il va frapper un grand coup : un nouveau missile va être tiré sur Detroit. Son objectif? Une fois que les Grandes Puissances le craindront, il les fera chanter et deviendra... LE MAÎTRE DU MONDE!!!! Si. C'est comme je vous le dis.

Heureusement, Bond retrouve Red Doe toujours aussi nue qui se rappelle brusquement qu'elle doit tuer Ayr. 007 l'en empêche, s'empare d'Ayr, stoppe le lancement, et s'enfuit avec Ayr et Red Doe. Pointe de sadisme : Bond oblige Ayr à se dévêtir et à périr de froid dans la neige.
Fiouh! terrible, le scénar ! Inutile de tirer sur l'ambulance et de s'appesantir sur le sujet.
Je pense que certains auront remarqué les similitudes qui existent entre Red Doe et Miss Havelock qui cherche également à venger la mère de ses parents dans la nouvelle d'Ian Fleming Top secret. Autre similitude : le fait que l'action des deux histoires se déroule au Canada.
Quant à la lassitude de McLusky qui n'y croit visiblement plus, elle transparaît quand il dessine Red Doe... avec une ridicule plume d'Indien.
Pour McLusky, la fin est proche : il ne lui reste plus qu'une histoire à illustrer, the Scent of Danger.
Armand ROUTIN
avec l'aimable concours de Philippe FOURNET

mercredi 1 septembre 2010

Flittermouse


Et c'est reparti pour un tour!
Quand le MI-6 a besoin d'un surhomme pour une mission urgente et capitale, qui est-ce qu'on appelle?
Bond, James Bond.
Bonne réponse.
Et là encore, le MI-6 a un besoin vital de 007 : il s'agit de se rendre sur la Costa Brava recueillir des informations de la bouche d'une starlette argentine. Bref, comme on le voit, il est absolument nécessaire d'envoyer un "00" sur cette mission hyper dangereuse...
Pour James Bond, la fin de la publication de ses aventures en comic strips est proche. Là, nous avons affaire à Flittermouse (approximativement la Souris qui vole... on dirait presque du Chantal Goya), scénarisé par Jim Lawrence et dessiné par John McLusky du 9 février au 20 mai 1983 pour le Daily Star.

Revenons à notre mission : la starlette se fait mystérieusement assassiner sur un voilier, sous les yeux de Bond qui n'a strictement rien vu. Faut dire qu'il était sous l'eau, ça n'aide pas trop pour voir ce qui se déroule au-dessus.


Bond retourne à Londres et là, chance! un nouvel indic signale au MI-6 qu'il a les mêmes informations que la starlette à révéler. Illico, Bond se précipite chez lui refaire ses bagages. May, son employée de maison, livide, lui apprend qu'il a reçu un paquet. A l'intérieur, il y avait un chat mort... qui est brusquement revenu à la vie! Tudieu! Qu'est-ce que c'est que cette histoire?! Bond, qui en a vu d'autres, ne se fait pas de mourron, d'autant que le chat a pris la fuite. Il prend sa brosse à dents et s'envole pour Paris.
A Paris, rebelote, l'indic est mystérieusement assassiné. Tout comme la starlette, il y a une trace de morsure sur son cou... comme si un vampire s'était désaltéré de son sang. Bond surprend un agent ennemi qu'il suit. Une fois l'agent éliminé (et pas en buvant de la Vittel), 007 emprunte son identité et se retrouve à Frankfort où une femme peu farouche l'entraîne dans un ténébreux château sur les bords du Rhin.
C'est là que James Bond retrouve un ennemi qu'il avait cru laisser pour mort en Amazonie quelques années plus tôt : le Dr Cat (bon, alors les aminches, cat signifie chat en français ; le coup du chat ressuscité - en réalité endormi - était en fait un message.) Le docteur utilise désormais des chauves-souris vampires pour se débarrasser des gens dont la tête ne lui revient pas. Bond se débarrasse une seconde fois du personnage et il s'échappe du château.
Rideau.
Bref, une histoire encore une fois sans temps mort, mais très courte et, en dépit de la surprise que constitue le retour du Dr Cat, vite oubliée.
Le Dr Cat apparaît pour la première fois dans une des meilleures aventures concoctées par Jim Lawrence, River of Death, en 1969, dessinée par Yaroslav Horak. Le moins que l'on puisse dire, c'est que John McLusky ne fait aucun effort pour que son personnage ressemble un tant soit peu à celui de Horak. Mais il y a encore mieux : selon les vignettes, le Dr Cat de McLusky est radicalement différent.











A Paris, nous découvrons Bond la pipe au bec. A priori M la lui a prêtée et 007 a peur de la perdre, car il ne s'en sépare jamais.
Sur une vignette, 007 devient 077, signe que le lettreur se moquait royalement de ce qu'il faisait. Mais il n'était vraisemblablement pas le seul : Lawrence ne paraît pas très en forme, et McLusky n'a plus le feu sacré. Il reste encore 4 histoires à venir, mais McLusky ne réalisera pas même les deux dernières.


Armand Routin


avec l'aimable concours de Philippe FOURNET

lundi 16 août 2010

DEATHMASK

DEATHMASK

Une mission tranquillou : se rendre à Tanger pour récupérer des informations auprès d'un contact nommé Farone. Or, lorsque James Bond se rend au rendez-vous, c'est pour rencontrer Farone mort. C'est sûr, il ne parlera plus. Le gredin. Mais ce qu'il y a de plus curieux, ce sont ses mains, ses pieds et son visage : ils ont littéralement doublé de volume. Farone n'est pas vilain, mais très vilain. Et pourtant, il n'avait pas la grosse tête...

Générique : les productions du Daily Star présentent une oeuvre de Jim Lawrence, illustrée par John McLusky, dans un strip quotidien s'étendant du 7 juin 1982 au 8 février 1983, nommée (roulement de tambour) Deathmask, le Masque de la Mort pour nos compatriotes qui regardent les films étrangers en version doublée (bravo, les gars!) Des noms qui claquent, un journal renommé, bref, ce n'est pas de la gnognotte.

Et ce n'est pas de la gnognotte, en effet. C'est du bon, du Bond, du James Bond. De l'héroïque, du grand. Cette fois, Lawrence revient aux sources : une enquête dans des lieux dans lesquels les RMIstes ne mettront jamais les pieds, de l'aventure avec un grand A et un méchant d'envergure, l'équivalent d'un super fonctionnaire, détestable au possible.

L'enquête : sur les lieux du crime (ben, oui, Farone s'est fait assassiner ; qu'aviez-vous cru, qu'il était mort comme Félix Faure?), Bond découvre une médaille représentant un visage, un grossier visage évoquant les comédiens de la Grèce antique. Le bijou a été réalisé par un Grec pour un impresario turc qui l'a offert à une danseuse arabo-russe qui officie dans un cabaret égyptien. 007 remonte péniblement la piste pour apprendre que la danseuse palestino-soviétique n'est pas la bonne. Y a eu substitution de personne ! Flûte ! On ne peut plus se fier à personne de nos jours (surtout en 1982) ! Bref, fin de l'enquête.
L'aventure : fort heureusement, le MI6 apprend que des guignols ont voulu faire de la plongée sous-marine en Crête. Ils étaient trois, ils ne sont plus que deux. Le dernier est mort en faisant l'amour. Non, je plaisante. Remarquez, il est bien mort, mais de la même manière que Farone : tout déformé, tout pas beau ; pas pratique pour faire l'amour, justement. Illico presto, 007 se rend en Crête. Il y fait chaud, il y fait beau. En inspectant les fonds marins, il découvre un palais édifié sous l'île. Or, il a à peine le temps de l'apercevoir qu'il est attaqué par un Minotaure robotisé (si : un Minotaure robotisé; j'suis pas un menteur, j'fais pas d'politique.) 007 s'en débarrasse avec un lance-harpon, mais un séisme bloque l'accès à la grotte menant au palais. Fin de l'aventure.

Suspense, suspense!

Un méchant d'anthologie : le Minotaure est justement l'emblème d'une grande compagnie, la Minos Limited. Elle appartient à un riche homme d'affaires nommé Ivor Nyborg. Pas de dossier sur lui, pas de photographie. C'est sûr, le gars n'est pas net. Et il ne l'est pas, en effet. Bond parvient à remonter jusqu'à lui : il loge dans le palais, sous l'île de Crête, mais ce qu'il a de particulier, c'est que son visage, ses mains et ses pieds sont difformes! Ivor Nyborg souffre d'acromégalie ! Et il n'est pas content de ça. Il est même fichtrement aigri, au point qu'il veut tous nous punir de sa laideur : il a inventé un virus qui rend les gens pas beaux, comme lui. Certes, ça rappelle un peu le complot de Dr Noah, interprété par Woody Allen dans le film Casino Royale de 1967 , qui veut annihiler tous les hommes supérieurs à un 1,60 m, mais là c'est pas pour rigoler. Nyborg a inventé un virus, mais aussi son vaccin, un vaccin qui ne rend pas beau, mais qui rend normal (remarquez, pour certains, ce sera un vaccin qui fera rester vilain, mais bon...) Son objectif est de répandre ce virus dans l'atmosphère, via le vol inaugural d'un formidable avion, le "Global Ghost", qui fera le tour de la planète sans escale. Celui-ci répandra les miasmes de la maladie. Les gouvernements n'auront qu'a acheter le vaccin à Nyborg s'ils souhaitent protéger leurs populations.

Heureusement, 007 veille...

Mhmm, bon petit résumé d'une aventure haut en couleurs, sans temps mort et très prenante. Certes, il y a quelques passages à vides : ainsi, l'avion meurtrier, le "Global Ghost", est piloté par un robot qui est censé réduire en chair à saucisse n'importe quel être humain s'approchant de lui; pourtant il lui faudra 12 strips pour combattre James Bond et, surtout, se prendre une raclée.
Autre exemple : puisque nous sommes dans une aventure de 007, il y a forcément le fameux lot de nudité; en l'occurrence, la maîtresse de Nyborg se rhabille au strip 476... pour se retrouver de nouveau nue au strip suivant sans que l'on sache bien pourquoi.

Il y a également quelques clins d'oeil appuyés dont nous nous passerions bien, comme la plaque d'immatriculation de l'auto de 007 : JB007. Que de discrétion!

Et découvrir James Bond nu, ce n'est pas vraiment ce que l'on attend d'une BD pour les Mâles. Une référence à l'aventure Trouble Spot, déjà scénarisée par Lawrence, et dans laquelle 007 allait faire un tour chez les nudistes?


En tout cas, l'idée d'un méchant souffrant d'acromégalie est plutôt bonne, d'autant que tous ses hommes en souffrent également.

A noter qu'il s'agit de la dernière aventure d'envergure de James Bond, les 5 suivantes (et les dernières) ne dépassant jamais le cadre des 100 strips.
Armand Routin

avec l'aimable concours de Philippe FOURNET

samedi 31 juillet 2010

The Paradise Plot

Il était une fois un riche industriel qui venait de perdre sa fille unique. Déjà qu'il était veuf, il y avait vraiment de quoi se convaincre que l'argent ne fait pas le bonheur. Or doncques, par une belle nuit étoilée, notre riche malheureux fut réveillé par un ange. Oui, un ange. Pas Gabriel, mais la fille du milliardaire, de retour du paradis. A défaut d'auréole, elle portait une paire d'ailes, ce qui confirmait son statut d'ange. Et elle parla à son pauvre papa...Ainsi commence The Paradise Plot, que l'on pourrait traduire par Complot au Paradis, la 46e aventure en comic-strips de James Bond. Elle fut publiée par le Daily Star du 20 août 1981 au 6 juin 1982. Pour son scénariste, Jim Lawrence, c'était la 33e fois qu'il racontait une histoire bondienne. Cette aventure marquait le grand retour de John Mac Lusky aux pinceaux, depuis qu'il avait cédé sa place au grand Yaroslav Horak à la fin de You only live twice en janvier 1966.
Bon, soyons sérieux deux minutes. Pas plus, parce qu'après je vais m'endormir. Malgré un début qui semble annoncer une histoire versant dans le fantastique, the Paradise Plot est bien une aventure estampillée 007, tout ce qu'il y a de plus sérieux. Enfin, sérieux à la manière bondienne.

Le MI-6 soupçonne l'industriel Basil Arden d'être la future victime d'un complot. Alors qu'il surveille le manoir Arden, James Bond assiste à l'arrivée de l'ange et le prend en chasse. Il s'agit de Shana Arden, la fille supposée défunte du milliardaire, qui a endossée une paire d'ailes mécaniques ( ouh là, je n'aurais pas été sérieux bien longtemps ! ). La donzelle s'échappe et son père est enlevé. Enlevé par qui ? me demanderez-vous. Pardi ! Par Dieu, voyons !

Dieu, dans notre petite histoire, s'appelle de son vrai nom Gabriel Starovski. C'est une espèce de hippie qui, un beau jour, a eu une illumination. Depuis, il se fait appeler le père Star ( le père Céleste en bon français ) et a fondé sa propre secte. Certes, il se prend pour Dieu, mais ce qu'il apprécie surtout dans la religion, c'est la charité; lorsqu'il en bénéficie, bien sûr. Et le père Star s'y entend pour faire cracher ses ouailles au bénitier : il fait enlever de riches industriels, leur implante une puce dans le cerveau et les oblige à le vénérer. Dans le même temps, puisqu'il n'est pas chien, il sabote les installations de leurs concurrents. Une petite bombe par-ci, une petite bombe par-là. Bref, la main de Dieu.

Habile, non ? Notre divin ami pourrait en rester là, mais le père Star nourrit de hautes ambitions : il espère faire pression sur le gouvernement britannique en enlevant un ministre qu'il convertirait à ses vues. Le fou-fou ! Heureusement Bond veille.

Bref, nous avons affaire à une hénaurme histoire, imaginée par un Lawrence en très grande forme. J'ai l'air de me moquer ( si peu...), mais le récit est rondement mené. Les péripéties s'enchaînent à vive allure et le coup de crayon de Mac Lusky est plaisant. Nous avons même l'occasion de voir 007 porter une chemise à fleurs. Comme quoi, Daniel Craig n'a rien inventé. En parlant de chemise à fleurs, il faut quand même parler un peu plus longuement de la communauté hippie. Le QG de la secte est basé sur Estrellita Island, une île des Caraïbes. Bond s'y parachute au cours de son enquête et rencontre un homme surnommé l'Archange : un plouc vêtu d'une toge, une fleur plantée dans ses cheveux longs avec une virile moustache similaire à celle du flic des Village People, pardon du flic interprété par Charles Bronson dans sa série de comédies familiales sur l"auto-défense. Tout comme Bond, le lecteur s'imagine qu'il est face à cette crapule de père Star. Ben, non. C'est seulement un envoyé du père Star. Le père Star, lui, vit dans un dirigeable ( nucléaire, le dirigeable, ce qu'c'est que d'avoir du pognon ! ) Bond le rejoint et découvre donc le véritable méchant de l'histoire : Gabriel Starovski, dit le père Star, alias Dieu pour les convertis. Mais...comment dirais-je ?... Jugez par vous-même : à gauche l'Archevêque, à droite Dieu. Vous voyez une différence ?...
















Par ailleurs, il y a bon nombre de références aux écrits littéraires bondiens. Ainsi, nous assistons à la destruction des usines DRAAX, allusion évidente à Sir Hugo Drax, l'inoubliable méchant de Moonraker (id., 1955 ).
John Gardner ayant publié quelques mois plus tôt son premier roman bondien, Permis Renouvelé ( License Renewed ), Lawrence remploie le personnage de Q'ute, la jolie assistante du service Q. Moneypenny est de la partie, tout comme Bill Tanner qui, sous la plume de Gardner, sera mis de plus en plus à contribution. M, enfin, se révèle très discret dans cette histoire. Faut dire que Mac Lusky l'a affublé d'une sacrée moustache, au point que l'on se demande si M n'est pas membre de la secte de babas-cool.

Pour les lecteurs bilingues ou les fonctionnaires qui apprécient les livres avec des images, the Paradise Plot est actuellement disponible dans le recueil de comic-strips intitulé the Paradise Plot ( ça tombe bien ), accompagné de l'aventure suivante, Deathmask, le tout étant publié par les éditions Titan Books.



Armand ROUTIN

avec l'aimable concours de Philippe FOURNET