Il en va de même des non-meilleures...
Et là, Double Eagle appartient clairement à la seconde catégorie.
Double Eagle, donc. L'Aigle à deux têtes. Le dernier scénario pondu par Jim Lawrence pour un comic, illustré par l'ex-illustre mais en 1984 fatigué Yaroslav Horak, pour un journal scandinave qui m'est inconnu (on a beau être beau, on ne peut pas tout savoir.)
Allez, tirons sur l'ambulance...
A Lisbonne, James Bond attend l'arrivée d'un tortionnaire nazi qui revient d'Amérique latine. L'homme en fuite est de retour en Europe... car quelqu'un lui a donné rendez-vous dans un endroit totalement désert à l'extérieur de la ville. Un rendez-vous avec la mort, car un aigle fond sur lui et le trucide. Fichtre! c'était bien la peine de traverser tout un océan dans l'espoir d'un rencard avec une jolie poule et de finalement rencontrer un vilain rapace!
Après avoir fait son rapport, 007 est envoyé à Berlin-Est. Une nouvelle mission l'attend, sans aucun rapport avec la première (quand je vous disais que Lawrence était fatigué...) Il s'agit cette fois d'aider un ingénieur en aéronautique britannique, disparu voilà un an, à quitter Berlin pour revenir en Angleterre. Or, nul ne sait ce qu'il est advenu de l'ingénieur au cours de l'année écoulée. Le fugitif donne rendez-vous à 007 dans un café, mais le KGB et des agents de la police est-allemande s'en mêlent.
Bond parvient à récupérer l'ingénieur mais celui, grièvement blessé, perd la mémoire. Des agents recontactent 007 qui, victime d'un traquenard, tombe entre leurs mains. Là, le petit groupe de rebelles lui avoue que ses agents appartiennent aussi bien à la police est-allemande qu'au KGB; ils ont l'intention, grâce à des aigles robotisés lestés de bombes, de percer une brèche dans le mur de Berlin. Les zozos sont des idéalistes qui ont espoir de voir réunies un jour les deux Allemagnes, d'où le tatouage de l'Aigle à deux têtes qu'ils portent, symbole de l'unification austro-hongroise. Euh, vous suivez?... Bond s'échappe et parvient à faire échouer le complot.
Ouais, ouais, ouais...
Y a-t-il un Méchant à la Blofeld?
Non.
Des coups de théâtre originaux?
Non.
Des illustrations dignes du grand Horak?
Non.
Euh, de la nudité, ou de la cuisse tout au moins?
Non, non.
Ben, alors, qu'est-ce qu'il y a?
Une série en fin de parcours. Un épisode dans lequel des éléments appréciés du scénariste sont réemployés : les robots, comme dans Fear Face ou When the Wizard awakes
comprenant des incongruités : Moneypenny participant de manière active à la mission. Dites, vous connaissez beaucoup de femmes ayant suivi des études de secrétariat qui deviennent des Mata-Hari?
et une profonde lassitude.
A l'évidence, l'envie des deux auteurs a disparu. Peut-on le leur reprocher? Lawrence et Horak sont à pied d'oeuvre sur la série depuis 1966, soit 18 ans. Certes, on peut leur reprocher de ne pas avoir arrêté plus tôt, mais peut-être eut-il fallu pour cela avoir du recul ou accepter un avis extérieur? Quoi qu'il en soit, devant le piètre résultat de leur ultime collaboration, les journaux, qu'ils soient britanniques, scandinaves ou autres, décident d'arrêter les frais et suppriment de leurs pages la publication du comic-strip.
Et pour une fois...
James Bond won't be return.







Et là, d'entrée de jeu, on devine qu'on a affaire à un chef-d'oeuvre, un chef-d'oeuvre de nanardise s'entend.











Et il n'est pas content de ça. Il est même fichtrement aigri, au point qu'il veut tous nous punir de sa laideur : il a inventé un virus qui rend les gens pas beaux, comme lui. Certes, ça rappelle un peu le complot de Dr Noah, interprété par Woody Allen dans le film Casino Royale de 1967 , qui veut annihiler tous les hommes supérieurs à un 1,60 m, mais là c'est pas pour rigoler. Nyborg a inventé un virus, mais aussi son vaccin, un vaccin qui ne rend pas beau, mais qui rend normal (remarquez, pour certains, ce sera un vaccin qui fera rester vilain, mais bon...) Son objectif est de répandre ce virus dans l'atmosphère, via le vol inaugural d'un formidable avion, le "Global Ghost", qui fera le tour de la planète sans escale. Celui-ci répandra les miasmes de la maladie. Les gouvernements n'auront qu'a acheter le vaccin à Nyborg s'ils souhaitent protéger leurs populations.



Ainsi commence The Paradise Plot, que l'on pourrait traduire par Complot au Paradis, la 46e aventure en comic-strips de James Bond. Elle fut publiée par le Daily Star du 20 août 1981 au 6 juin 1982. Pour son scénariste, Jim Lawrence, c'était la 33e fois qu'il racontait une histoire bondienne. Cette aventure marquait le grand retour de John Mac Lusky aux pinceaux, depuis qu'il avait cédé sa place au grand Yaroslav Horak à la fin de You only live twice en janvier 1966.
En parlant de chemise à fleurs, il faut quand même parler un peu plus longuement de la communauté hippie. Le QG de la secte est basé sur Estrellita Island, une île des Caraïbes. Bond s'y parachute au cours de son enquête et rencontre un homme surnommé l'Archange : un plouc vêtu d'une toge, une fleur plantée dans ses cheveux longs avec une virile moustache similaire à celle du flic des Village People, pardon du flic interprété par Charles Bronson dans sa série de comédies familiales sur l"auto-défense. Tout comme Bond, le lecteur s'imagine qu'il est face à cette crapule de père Star. Ben, non. C'est seulement un envoyé du père Star. Le père Star, lui, vit dans un dirigeable ( nucléaire, le dirigeable, ce qu'c'est que d'avoir du pognon ! ) Bond le rejoint et découvre donc le véritable méchant de l'histoire : Gabriel Starovski, dit le père Star, alias Dieu pour les convertis. Mais...comment dirais-je ?... Jugez par vous-même : à gauche l'Archevêque, à droite Dieu. Vous voyez une différence ?...

John Gardner ayant publié quelques mois plus tôt son premier roman bondien, Permis Renouvelé ( License Renewed ), Lawrence remploie le personnage de Q'ute, la jolie assistante du service Q. Moneypenny est de la partie, tout comme Bill Tanner qui, sous la plume de Gardner, sera mis de plus en plus à contribution. M, enfin, se révèle très discret dans cette histoire. Faut dire que Mac Lusky l'a affublé d'une sacrée moustache, au point que l'on se demande si M n'est pas membre de la secte de babas-cool. 
